Ma petite histoire de Noël

Cela se passe à une époque indéfinie, dans une campagne imaginaire.

Le Marcellou allait sur le chemin, péniblement, car en ce 24 décembre il neigeait. Il neigeait beaucoup.
Le Marcellou, c’était un de ces Sdf locaux, qui vont et viennent, qui ont peut-être une vieille masure par là au milieu des bois, mais qui dorment de ci de là dans quelque vieille grangette au bord du chemin. Des Marcellou il y en avait plusieurs dans le pays, mais quand on disait LE Marcellou, on savait qu’on parlait de lui. Tous ces gars n’étaient pas méchants. Un peu rapineurs, un peu quémandeurs. Je me souviens que, étant jeune, rentrant tard une nuit, j’en avais suivi un sur sa mobylette, ses grosses fesses débordant de la selle, avec un cageot sur le porte-bagages d’où émergeait la tête d’un canard….j’avais vite compris. Mais bon, c’était comme ça.

Le Marcellou, lui, allait à pieds. Et, courbé sous la neige, il suivait son chemin. Il savait où il allait. Il y avait, plus loin, une vieille grange sur le bord du chemin, où il avait l’habitude de s’arrêter parfois pour la nuit. Un moment, il leva la tête, et il se dit que, décidément, elle était belle, sa campagne.
Quand il eut rejoint sa grange, il y entra avec soulagement et bonheur. Car, il ne savait pas si c’était à cause - ou grâce - au 24 décembre, mais les gens avaient été généreux aujourd’hui. Une miche de pain par ci, un saucisson par là, et un litron de rouge. Le bonheur.
Cette petite grange avait dû être une habitation à une époque car, dans le coin, il y avait une vieille cheminée. Toujours un peu de bois. Et, dans le fond, un gros tas de foin où il allait bientôt se vautrer.
Il alluma vite fait un bon feu, plus pour avoir de la clarté que pour se chauffer. Il n’avait jamais froid, le Marcellou.
Puis, il s’installa confortablement sur le tas de foin et déballa son baluchon. Sa fortune. Il étala soigneusement ses images de footballeurs (son trésor), qu’il avait trouvées dans une poubelle. Puis il se prépara pour son festin. Une petite souris vint lui rendre visite, elle eut droit à son morceau de pain. Il était heureux, le Marcellou, et de plus en plus à mesure que le divin breuvage coulait dans sa gorge. Quand il eur achevé la bouteille, il se sentit soudain fatigué. Il se leva, alla voir au finestrou...il neigeait toujours. Alors, il se fit une bonne couche dans le foin, et s’y installa confortablement. Tout allait bien. Il allait passer une bonne nuit. Il le savait. Il le croyait. Il commençait à s’endormir.
Alors, il lui sembla entendre des murmures au dehors.
Hé, cria t’il, c’est chez moi, ici !
La porte s’entrouvrit.
Excusez-nous, Monsieur, mais il neige, nous avons froid, et ma femme n’est pas bien.
Le Marcellou comprit que ceux-là n’étaient pas méchants. Il les laissa entrer. Il ne les voyait pas bien. Elle, semblait bien fragile. Il leur fit un bon gros tas de foin, leur donna ce qui lui restait de nourriture, attisa le feu et mit une grosse buche, et, en marmonnant, leur enjoignit de ne pas fiche le b….l, parce que, lui, il avait sommeil.
Il s’endormit rapidement.
Il lui sembla bien, dans la nuit, entendre des cris de bébé, mais il se dit que, vraiment, ce vin qu’on lui avait donné devait être une sacrée piquette.
Au matin, tout était effacé. Il se leva gaillard, regarda par le finestrou, constata qu’il ne neigeait plus. La campagne, toute blanche, l’appelait. Il fallait marcher. Mais, se retournant vivement, il constata qu’il était seul. Les gens étaient partis. Ou peut-être avait-il juste rêvé.
Il rangea son bardas. Constata que, sur un petit bout de tissu, il y avait une pièce de 2 euros.
- Tiens donc ! Ha ben ça alors !
Il se frotta les mains à l’idée d’aller, avec ces 2 euros, au bistrot-Pmu du village se payer une bonne bière.
Il ramassa son bardas, laissa un bout de pain pour la souris, empocha les 2 euros, et se dirigea tout gaillard vers le village, plus bas. Le chemin n’était pas long. Il arriva au b ourg, essuya quelques quolibets des gamins du village, esquiva une boule de neige, et enytra dans le bistrot tout content.
Là, il lança joyeusement au patron : et une bière pour le Marcelou !
Le patron allait le servir. Le Marcelou toucha la pièce de 2 euros, dans sa pièce trouée. Ouf, elle était là !
Il repensa aux évènements de la nuit, et, tout au fond de lui-même , eut un petit peu honte.
Son regard se porta sur une affichette sur le côté du bar : super loto de Noël. Il ne comprit pas très bien la somme.
Pris d’on ne sait quelle illumination soudaine, il interrompit le patron :
- c’est combien, pour jouer au loto ?
- 2 euros la grille, Marcelou !
- alors, laisse tomber la bière, et donne moi une grille !

Plein d’années plus tard, sur le chemin du Marcelou, un homme et ses enfants font une balade, en ce 24 décembre qui sent la neige. Sur le bord du chemin, une belle allée mène à une grande demeure. Tout est propre et beau, bien entretenu. Juste, là, au croisement des 2 chemins, une vieille grange fait un peu tâche.
- Papa, c’est quoi, cette grande maison ?
- C’est la maison du Marcelou, un monsieur très pauvre qui est devenu très riche.
- C’est lui, le Marcelou ?
En effet , un vieil homme se dirige vers eux. Ils s’éloignent. Ils voient le vieil homme ouvrir la porte de la grangette, y entrer, et refermer la porte derrière lui.
- Mais, papa, il habite là, le Monsieur ?
- Non, mais il vient là tous les ans, le 24 décembre, y passer la nuit.
- Mais, il ne fête pas Noël chez lui, il ne va pas à la messe de minuit ?
- Non , le Marcelou ne vas jamais dans une église, il dit qu’il ne croit pas à toutes ces fadaises.
- Mais alors ?
- Il paraît que, année après année, il attend quelqu’un. Allez, rentrons, il neige .

En effet, la neige commençait à tomber dru. Certain, ce serait une belle nuit de Noël.

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